(re)découvrir sa ville

Cela fait depuis septembre qu'une psychologue m'aide à regarder ma ville natale sous un autre œil que celui de mon trauma. C'est difficile pour moi de m'épanouir dans une ville que j'ai jamais considéré comme la mienne, car les habitants de mon enfance et mon adolescence n'ont cessé de me rejeter de me donner envie de m'enfuir. Chaque carrefour et placette me ramène à une période de solitude extrême, où je me sentais dans une impuissance totale. J'avais l'impression d'être l'unique ado d'Aurillac à souffrir. Souffrir de mon style, de mon homosexualité, de ma personnalité. Souffrir d'être ce que j'étais. 

J'ai 26 ans et ces années de harcèlement ont été une grande partie de ma vie. Le calvaire a cessé à l'approche de mes 18 ans. Cela ne fait même pas encore dix ans. Alors oui. Les symptômes, les peurs, le trauma, sont toujours là. 

Même si c'est difficile, je m'ouvre aux conseils de ma psy et j'essaie de regarder la ville sous un nouveau prisme. Sans oublier mes peurs et ce que j'ai vécu mais en essayant de voir ce que j'ai oublié : ce qui ne m'a jamais fait de mal.


Moment café
La cour des miracles


Récemment j'ai fait quelques sorties avec des amies (ce qui est exceptionnel pour l'ermite que je suis), durant lesquelles j'ai fréquenté des bars, des cafés et des restaurants dans lesquels je n'ai jamais mis les pieds (ni eu l'occasion). Je me suis également baladé dans ces rues qui me semblent si difficile à traverser quand je pense à elles, alors qu'il ne m'arrive jamais rien de dangereux. 




Cela m'a fait du bien de sortir de ma zone de confort et de découvrir que certains lieux, que j'ai souvent tendance à trouver désagréables, peuvent l'être une fois entouré.e par les bonnes personnes. C'est-à-dire celles avec qui je peux parler et être entendu.e, qui me parlent et me regardent, avec qui j'arrive à rigoler et à débattre sans que ce soit pénible. J'ai eu le sentiment que ma présence avait de l'importance et que j'existais dans l'espace de personnes qui me font du bien.

J'espère parvenir à aimer cette ville un jour. Cette ville très enclavée et malheureusement assez nombriliste, peu ouverte à la nouveauté ou à l'excentricité. Mais elle reste la ville dans laquelle j'ai grandi et je ne veux pas la détester toute ma vie, à cause de personnes qui m'ont fait du mal, qui m'ont probablement oublié, qui (je l'espère) ont muri et ont une vie bien meilleure que la mienne pour avoir ce genre de problématiques.  


Photo prise par E. Marcadé



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