BILAN ETE 2022 - job saisonnier et solitude se tiennent la main
A 26 ans j'ai enfin terminé mon long chapitre sur les études supérieures. Je n'ai pas choisi BTS Communication car ce fut une révélation. Je l'ai choisi par facilité (si on peut juger ce BTS facile). On m'a dit que j'avais des capacités pour réaliser des projets de communication, alors j'ai fait confiance au jugement de cette personne et j'ai sauté le pas. Je n'avais pas d'autres options à l'époque et j'étais suffisamment optimiste pour tenter ma chance.
En juin je suis donc sorti.e victorieux.se et fraichement diplômé.e de deux années de BTS compliquées. L'ambiance était loin de celle que j'avais connu durant mon année de licence à la fac et j'avais l'horrible impression d'avoir régressé dans un monde d'adolescents. Je n'y avais définitivement pas ma place, dans cette classe de jeunes adultes hormonés, ambitieux et qui avaient la sale habitude de se poignarder dans le dos. J'ai rapidement choisi de faire profile bas tout du long et de me concentrer, comme je pouvais, sur mes études. Ce n'est pas une tâche aussi facile à faire quand chaque journée est un déplaisir total. Mais j'ai réussi.
Après des années de thérapie et de travail sur soi, il était grand temps pour moi de trouver un travail d'été sur deux mois. La recherche d'emploi a toujours été une bataille et surtout, une recherche d'emploi qui me corresponde. J'ai toujours privilégié les offres qui ne nécessitaient pas d'être en contact régulier/permanent avec la clientèle. Ni un travail avec des enfants ou des personnes seniors. J'ai une tolérance à l'être humain très limitée, une batterie sociale d'un Iphone à 10% après une aprem au soleil et surtout l'anxiété sociale de la taille d'un cratère. Lors de mes quelques rendez-vous avec des organismes professionnels (entre deux études sup' et une dépression), j'ai toujours expliqué que mon rapport à l'autre était un frein pour trouver un emploi, même temporaire. Donc oui, cela ne facilitait pas les choses.
Comment expliquer alors, que je me retrouve à gérer l'entretien et l'accueil d'un camping de petite commune ? J'aurai pu dire non à la personne qui m'a proposé ce poste. Je pourrais dire que le destin a décidé que j'étais prêt.e à sortir de ma zone de confort. Mais je pense que le besoin impératif de confort financier a tranché à ma place et que si ce n'était pas ce job, je loupais l'appel de la thune.
Si le ménage des mobiles homes et autres sanitaires à la propreté toute relative ne me posaient pas de problème (bien qu'à la fin des deux mois, je commençais à saturer), m'occuper de vacanciers aux profils très variés fut un challenge pour l'anxieux.se que je suis. Entre des ouvriers espagnols, des couples originales d'Allemagne, de Nouvelle-Zélande, d'Italie ou tout simplement des français avec un niveau de grinchitude variable, j'avais de quoi faire 80 AVC. Avec en bonus le téléphone du camping qui sonnait régulièrement et que j'avais envie de déposer sur le rebord de la fenêtre (si je ne l'entends pas, il ne sonne pas, hein ?). Tout ça peut sembler être un travail relativement calme et sans prise de tête. Mais pas pour moi. Je suis une personne très mal à l'aise et inquiète en présence d'autres êtres humains. Travailler au milieu de clients qui ont régulièrement besoin de renseignements, qui rencontrent des soucis, qui râlent ou qui me sourient juste le matin en me disant bonjour, tout ceci tire sur mon énergie d'introverti.e. Chaque soir, je rentrais les batteries vides. Il m'est arrivé de ne pas avoir l'énergie d'être dans le même périmètre que mes parents, chez qui j'ai passé tout l'été, pour bénéficier de la voiture et d'un trajet de route de dix minutes. Néanmoins je ressors de cette période estivale hors de ma zone de confort avec le sourire (plus ou moins). J'ai réussi à me dépasser, dépasser mes angoisses et me prouver que je pouvais gérer plusieurs situations. Mais il est hors de question que je tienne un camping toute ma vie.
Ces deux mois de job m'ont aussi rapproché de mon extrême solitude. J'ai fini par réaliser une vérité douloureuse : je ne supporte pas ma propre personne. Je n'éprouve aucun plaisir d'être ma seule compagnie et les pensées négatives qui m'embrouillent l'esprit finissent par me noyer dans une spirale infernale. Les moments de calme et mes journées de repos étaient aussi sombres qu'un jeudi de novembre. Il faisait soleil et 35 degrés dehors, mais dans ma tête, c'était l'orage et le brouillard. J'avais l'impression de manquer d'oxygène. Je manquais d'énergie, d'envie de vivre. J'avais suffisamment la force d'accomplir mon travail, qui au final ne me déplaisant pas tant que ça. Mais je ne pouvais rien faire d'autre. Tout le reste était pénible et douloureux. J'ai beaucoup pleuré et je pense que je vais pleurer encore un moment. Tant que je ne serais pas mieux dans ma tête et dans mon corps, rien, ni même la meilleure compagnie du monde, ne pourra changer mon mal-être.
Ce fut donc à la fois deux mois de travail rapide et deux mois de solitude très lents et pénibles. En ce début septembre, j'ignore encore quelle est la suite, où je vais poursuivre mon chemin. Telle est ma vie, un sentier d'incertitudes. 
tenue professionnelle exigée
❤
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