home shit home
Je me souviens vaguement avoir lu une citation du style :
Le foyer n'est pas une maison mais -
Quelque chose blabla. Dans le même délire de on ne choisit pas sa famille mais - quelque chose blabla.
Je me demande s'il existe une citation similaire quand cela s'applique à une ville. J'ai des maux de ventre dès que je dois mettre un pieds dehors, que ce soit pour aller dans la pharmacie qui se trouve juste à côté de mon immeuble ou me rendre vers la gare qui se situe à 20 minutes à pieds. Je n'arrive pas à me résoudre à faire mes courses, jusqu'à ce que mes placards soient entièrement vides. Je suis capable, parfois, de ne pas manger une journée entière et me dire aller, demain, je vais faire mes courses.
La ville a beau être en plein ravalement de façade, avec ses projets d'espace verts, de redynamiser son attractivité, de repeindre et rénover des immeubles laissés à l'abandon depuis quinze ans. Mes potes ont beau me dire que la ville est jolie, qu'il y a une bonne ambiance. Je me sens comme une souris dans une ville remplie de chats. Je ressens une angoisse et un mal-être, au point d'avoir des symptômes physiques, au point de me retrouver à pleurer, trembler dans la rue, régresser de plus de dix ans et me sentir totalement largué.e dans mon monde d'adulte.
J'ai cru pendant une période que le problème venait des autres. Et j'ai fini par réaliser que le problème venait (évidemment) de moi. Car je n'arrive pas à passer au-delà des années de harcèlement que j'ai subi. Je n'arrive pas à dépasser le mal que l'on m'a fait et je marche dans la peur constante de croiser un jour un.e des responsables. Je me donne très certainement trop d'importance, car j'imagine que toutes ces personnes, désormais adultes, ont d'autres préoccupations dans la vie que celle de me faire chier si elles venaient à me reconnaître dans un lieu public. Mais il y a toujours en moi cette peur de l'humiliation. Alors je me balade dans les rues avec ma démarche de victime, en évitant de croiser tous les regards possibles, en serrant mes poings dans mes poches, le dos vouté et la tête rentrée. Je n'arrive pas à oublier ce que toutes ces personnes ont fait de moi depuis l'école primaire et j'ai l'impression d'être toujours cette victime tête en l'air, moche, bizarre et bonne à faire rire une assemblée d'abrutis.
Je ne sais pas si j'arriverai un jour à passer outre, me rentrer dans la tête que les gens autour de moi se moquent de qui je suis. Mais pour le moment, chaque journée, même ensoleillée, est pénible dans une ville où je ne me sens pas à ma place. Il n'y a rien pour moi ici et personne ne m'attend. Je vis mes journées en solitaire, en enviant le groupe de potes sur les terrasses de café et les couples qui se baladent dans les chemins de randonnée. Certains jours sont plus éprouvants que d'autres, car j'ai du mal à supporter ma propre compagnie. Mon cerveau rumine et m'envoie des messages forts désagréables, toujours les mêmes, comme un disque rayé. Plus les journées passent et plus mon moral est, une fois encore, mis à rude épreuve car je n'ai pas trouvé le moyen de tourner la page sur mes traumas passés.
J'aimerai savoir ce que ça fait d'être un.e parfait.e inconnu.e. De pouvoir marcher sans avoir peur d'être reconnu.e. Un endroit neuf, où fabriquer de nouveaux souvenirs. Un endroit où je n'ai pas l'impression que l'on me fixe dans les rues, qu'on me juge. Un endroit où mon angoisse arrête de prendre une taille disproportionnée et me laisse l'occasion de marcher le dos droit. J'aimerai m'enfuir autant que rester. Ne pas m'éloigner de ma famille mais chercher mon bonheur ailleurs. Je n'ai pas les moyens de me projeter dans un contexte aussi déséquilibré. J'aimerai juste me sentir bien. Après toutes ces années de thérapie, avoir une période de répit...
❤
Commentaires
Enregistrer un commentaire